
AMELIA “MEMÈ” OLIVI, artiste sensible et dessinatrice magistrale, si authentique dans son expression, dans son tempérament et dans son talent de graveuse qu’elle témoigne de la maturation d’un art et du renouvellement d’une inspiration.
La fraîcheur et la vivacité de son regard, empreint de force et de conviction, lui permettent de saisir le mouvement de la vie et de traduire dans ses gravures le geste de l’existence et la continuité du souffle. Avec aisance et spontanéité, et une extraordinaire sûreté de la main, Memè Olivi interprète de manière instinctive ses états d’âme sur le métal, le bois et la pierre à travers diverses techniques de gravure — pointe sèche, eau-forte, vernis mou, aquatinte, monotype, lithographie et xylographie — en recourant à des procédés techniques déjà existants tout en en improvisant de nouveaux.
La surface de la plaque est un champ en constante mutation : champ de l’action, du langage, du signe, du miracle du temps et du vécu. Elle est le plan de l’événement, de l’énergie vitale, confiée au passé comme mémoire pour le futur.
Mario Giacomelli, Senigallia, 26 septembre 1996
AUX RACINES DE L’ÉMOTION
Dans le paysage contradictoire de l’art contemporain, il est rare de rencontrer une figure comme Memè Olivi : ses racines, profondément ancrées dans l’école d’Urbino, plongent dans le riche terreau des enseignements de Bartolini et Castellani ; son tronc robuste est imprégné d’une étonnante virtuosité technique ; ses branches s’étendent vers le monde et témoignent avec douceur de ses liens avec les cultures nord-européenne et américaine.
Écouter l’artiste parler de son travail révèle une approche singulière qui allie un sens aigu du détail à des expérimentations techniques audacieuses, combinant gravures sur bois et aquatintes, réalisées avec la rigueur et l’imagination d’un alchimiste d’antan. Elles nourrissent sans effort les aspirations expressives d’une âme pensive et silencieuse, capable de saisir, aussi bien dans les étendues sereines des Marches que dans le convulsion paroxystique d’un olivier, le sens du temps qui passe, un spleen propre aux années les plus sensibles, enclins à la mélancolie.

À l’instar des plus grands graveurs du passé, la rencontre avec la plaque de métal permet à l’artiste d’exprimer sa personnalité, et les eaux-fortes préservent le souvenir d’expériences lointaines, de sentiments doux et subtils qui se matérialisent sur le papier. La force du trait, la vigueur physique requise pour manier la presse, sont mises au service d’un univers de sensations éphémères, vouées autrement à disparaître dans le néant, demeurant inexprimées.
Le désir de partager ce monde intérieur avec autrui nourrira longtemps la créativité d’une artiste qui sait s’affirmer avec la grâce d’une dame d’antan, sans pour autant renoncer à la confrontation et à la contemporanéité. Issue d’un salon d’époque raffiné, Mémé Olivi a parcouru le monde, observant toute chose avec la curiosité de celle qui ne se laisse pas submerger par la nouveauté, cherchant toujours l’essence d’une réalité autrement insaisissable.
Stefano Papetti, Florence 1997
RACINES
L’activité artistique multiforme et complexe de Memè Olivi est symboliquement exprimée par l’une de ses petites œuvres, un enchevêtrement de racines qui créent un labyrinthe dans lequel se condensent et se fondent lithographies, xylographies et chalcographies. Son art s’exprime à travers ces trois techniques avec une imagination et une force qui nous ramènent aux souvenirs du XVe siècle. Ce n’est pas un hasard si sa formation d’artiste a débuté à l’École supérieure d’Urbino.

Le fil du dessin semble ne jamais s’interrompre et nous offre des paysages, des rivières, de vastes campagnes vallonnées, des clochers, les faisant apparaître dans une réalité onirique.
Dans certaines œuvres de Memè Olivi, des états d’âme complexes refont surface, comme c’est le cas par exemple dans les trois images de l’église de San Nicolo’, chacune réalisée avec une technique de gravure différente, qui font revivre un monde lointain, flou, suggestif, qui alimente les souvenirs anciens et la mélancolie.
Certaines étendues champêtres ondulées, semblables à des dunes, nous emmènent dans le monde lointain de l’imaginaire, comme dans une navigation vers les Îles Fortunées où le navigateur aurait retrouvé les voix maternelles de son enfance perdue.
Les outils utilisés par Memè Olivi, tels que la chalcographie, la lithographie, les pierres, les bois, les spatules, les pinceaux, les burins, reconstituent comme par magie ces petites cellules où des moines patients « enluminaient » des livres d’heures avec la technique minutieuse et patiente utilisée par notre peintre.
Sa peinture véhicule des messages du monde entier, car son instinct l’a conduite dans des pays lointains où elle a puisé l’inspiration qui annule les distances et nous permet de nous sentir, à travers l’art, citoyens du monde.
Cino Boccazzi Trévise 1994
SILLON
Les gravures de Memè Olivi nous surprennent au premier abord par leur prodigieuse habileté technique. Tout y est minutie, attention à l’infime, respect de chaque incision, de chaque trait. C’est le monde appliqué et patient des miniaturistes que nous restituent ces images, avec ces paysages dans lesquels chaque fragment de la nature est présent, sans qu’aucun ne s’estompe ni s’efface pour créer 1 impression de profondeur. Chaque feuille semble vibrer dans l’air d’automne, sous la surface apparemment calme de l’eau, s’agite un univers de traits noirs, comme s’ils étaient porteurs du véritable sens de la couleur.
Après cette première surprise de la technique, nous arrive le sens, unanime et panthéiste, de ces représentations: amour de la terre, communication avec tout ce qui l’habite et la constitue, avec tout ce qui se fond en elle ou, au contraire, s’élève et prolifere comme pour s’en échapper.

Memè Olivi représente la terre, mais jamais vierge, ni anonyme, jamais sauvage, mais déjà labourèe, déjà travaillée et, pourrait-on dıre, deja signée par’l homme. Le sillon ronge la terre comme l’acide ou la pointe sèche, la plaque de métal.
Apparaissent aussi des arbres, des cathédrales gothiques éloignées, des rues inconnues de Venise, mais est toujours visible le travail de l’homme et du temps qui s’est accompli sur terre: les arbres sont dépouillés, sans oiseaux pour anımer ce silence persistant; les cathédrales lointaines et certainement en ruines; les ruelles de Venise désertes.

Memè Olivi nous présente, avec un extreme respect pour les matériaux, avec une patience qui s’apparente à la dévotion pour la facture, un monde du sillon, automnal et éphémère.
Severo Sarduy, Paris 1992
LES LABOURS DES MARCHES
Les labours des Marches, avec leurs longs sillons gravés dans la terre, ressemblent à la plaque striée au burin, ou attaquée à l’acide, par une artiste à la sureté de main parfaite. Et ces paysages des Marches, son pays natal, sont le thème qui s’est offert de la façon la plus naturelle à Memè Olivi.

Mais elle part bientot à la découverte du monde et nous en offre sa vision personnelle.
Des villes: Trévise et son église San Nicolò,

Buenos-Aires et Montevideo, le bout de la rue Jacob, à Paris, quand elle se jette dans la rue de Seine, la via Margutta à Rome,

Bruxelles, le Potomac à Washington,

n palais baroque de Venise, mais aussi la lagune, dans l’indécision mouvante de l’eau et de la terre. Car elle n’est pas seulement le peintre des géométries urbaines. La nature avec ses arabesques la captive. Que se soient les entrelacs de la foret équatoriale ou de légers taillis, les spectaculaires chutes d’Iguazù, aux confins du Paraguay, de l’Argentine et du Brésil, ou le soleil de minuit en Laponie, qui lui inspire une curieuse aquateinte.
On sait que Memé Olivi utilise toutes les ressources de l’art du graveur, toutes les méthodes, les techniques qui paraissent si étonnantes et merveilleuses à un profane. Il faut l’entendre parler de la « maniera a zucchero », la gravure au sucre. Mais à travers la variété des procédés, on la reconnait toujours. Si elle nous montre, à la pointe séche, qu’elle sait aussi créer des jeunes filles, des oiseaux, des fleurs, elle s’impose dans les paysages. Comme s’ils captaient toute son attention, ils sont vides d’humains ou d’animaux. Et pourtant, peu d’oeuvres sont aussi habitées.
Roger Grenier, Paris 1996
PAYSAGE
On a souvent reproché à Memè de n’être qu’une paysagiste. Elle prenait sans doute cela comme un compliment, car c’est son sujet de prédilection et, à travers lui, elle pouvait exprimer ses pensées les plus profondes et sa compréhension du monde, de la terre et de ses origines. Mais, presque en réaction à ces critiques, elle a gravé de nombreux portraits. Elle en a réalisé un de sa fille, entièrement à la pointe sèche. Dans celui-ci, la qualité quasi abstraite du trait évoque la simplicité et l’innocence de l’enfance.
Un autre genre qu’elle a exploré avec succès est celui de la nature morte. Leur immédiateté et leur étrangeté rappellent le maître de la nature morte du XIXe siècle, Odilon Redon.
Le paysage est le sujet qui capture le mieux l’essence de la poésie de Memè Olivi. Le paysage de sa terre natale, les Marches, de Senigallia où elle est née et a grandi, et d’Urbino où elle a fait ses études. Dans ses paysages des Marches, Memè représente l’aridité de la terre, le labeur des hommes à travers les siècles pour la cultiver, la multitude de champs recouvrant les collines et les montagnes, les couleurs qui varient de l’orange au brun, de l’ocre au jaune. Ces détails sont saisis par Memè avec une précision de texture remarquable. Le ciseau lui-même devient la charrue et laboure le papier. Il n’y a pas de figures dans les paysages de Memè, mais des arbres. Ils saisissent le mouvement, ils représentent le changement lorsque la terre est restée immobile pendant des siècles.

Confiner Memè aux Marches serait injuste, car c’est une voyageuse passionnée : elle a exploré non seulement Trévise et la Vénétie, d’où est originaire son mari, mais aussi des pays des cinq continents. Et de la plupart de ces pays, elle a rapporté des centaines de dessins qu’elle a ensuite utilisés dans ses estampes. Bien qu’elle soit maintenant dans la dernière phase de sa carrière, Memè a l’enthousiasme, l’énergie d’une jeune artiste, mais aussi l’expérience d’une artiste qui travaille depuis plus de cinquante ans.
Nicolas Schwed Londres 1997
ARTISANE
Mémè Olivi se présente volontiers comme une artisane et met l’accent sur son savoir-faire. Elle maîtrise toutes les techniques de l’estampe – lithographie, gravure sur bois, eau-forte (aquatinte, pointe sèche) – et n’hésite pas à les modifier ou à les combiner, selon les besoins de l’expression ou simplement par plaisir d’expérimenter.
Pour l’amateur ou l’artiste, c’est un délice de découvrir son atelier et de l’écouter parler de son travail, sans prétention, avec une simplicité chaleureuse et limpide. Comme une véritable artisane.
La variété des techniques correspond naturellement à une variété de styles, mais les estampes réalisées avec la même technique présentent également une remarquable diversité : contours limpides ou réseau dense, monochrome (plus ou moins nuancé) ou polychromie (toujours sobre), uniformité ou effets de superposition (une admirable vertu du crayon lithographique), légèreté aérienne ou gravité terrestre.
La diversité technique et stylistique est toujours un signe de talent : nourrie par l’imagination et la fantaisie, elle représente sans aucun doute le plus haut degré de maîtrise. L’œuvre de Memè Olivi possède toutes ces qualités, et je voudrais montrer qu’elle est également structurée et sous-tendue par une sensibilité artistique unique, qui lui confère sa profonde unité et lui donne, pour nous, toute sa valeur.
Oscar C. Pecora, Buenos Aires 1994
Réaliser l’inventaire

Réaliser l’inventaire d’un vocabulaire fondé sur la technique semble une tâche ardue. Mais entrevoir, avec le regard délicat de Mémé Olivi, la subtilité des impressions diverses qui imprègnent son œuvre de cette tapisserie infinie est déjà un moment merveilleux. Les mouvements étranges, les effets de l’acide, de l’eau, du papier, le geste qui remodèle la ligne d’un paysage qui se déverse plus profondément en soi, tout cela nous conduit vers un monde imaginé par les rêves.
Carlos Colombino, Asuncion 1992
L’aquatinte « Soleil de minuit, Laponie », plastiquement très belle, part d’une impression qu’elle tente de rendre, décantée: la glace, le froid, cette boule rouge-orange, l’espace. On songe au vers de Baudelaire: « Et comme le soleil dans son enfer polaire… », mais l’appréhension est ici d’une sérénité orientale.

De fait, l’affinité entre cette gravure (ou encore « Lagune », avec ses délicats faisceaux de traits) et l’esthétique japonaise surprend, quoiqu’elle soit difficile à préciser: dépouillement, pureté des lignes, blancs, stylisation… Beau fruit d’une contemplation amoureuse, qui veut arriver à l’essentiel, poétique. L’oeil de Memè Olivi est très sensible à l’architecture des apparences, et perçoit fortement les lignes; mieux: son regard explore la structure interne des choses. Ses glaciers sont plus que des « images » même subtiles et nuancées, de glaciers: ils ont du poids et de la présence. Cette vision, seule peut l’exprimer une technique parfaitement maîtrisée: les variations de couleur qui la traduisent correspondent à des temps d’exposition (à l’acide) plus ou moins prolongés.
Dans la lithographie intitulée « Solitudine » (« Solitude » rarement l’artiste se permet-elle un titre aussi expressif), nous retrouvons l’Espace nu, splendidement inhumain.L’atmosphère est plus grave, un peu douloureuse: trait soutenu, couleur dense, armature et, au centre, cette interpénétration puissante de deux masses géologiques, lieu d’une obscure gestation. L’oeuvre est forte par ce mouvement central, d’un dynamisme sourd, auquel répondent l’énergie et le bleu intense de l’horizontale supérieure.
Très différente est l’inspiration de « Angolo toscano » (« Coin toscan »). Ici triomphent la fantaisie et le rêve: la géométrie de la maison, qui séduisait l’oeil, est niée, transportée par l’exubérance des arbres aux formes ardentes, fantastiques.

Si dans « View of Washington » (« Vue de Washington ») l’atmosphère n’est plus symboliste, teintée de mystère, le fantastique n’a pas disparu: l’imagination profite d’un croisement séduisant pour ouvrir deux tranchées-perspectives dans la géométrie oppressante de la Ville, rendant celle-ci à l’Espace; au premier plan comme à l’arrière, des arbres squelettiques mais vigoureux, comme furieux, vengeurs, s’emparent de l’espace urbain… Le mouvement est partout (on identifie même des tracés imprévus mais acceptés, résultats de griffes dans la plaque de cuivre), cosmique, libérateur.

De toutes les techniques utilisées, et valorisées, la xylographie serait celle que personnellement je préfère. Les gravures réalisées sont d’une riche matérialité, que les doigts désirent caresser. De plus, je la sens particulièrement chère à Memé Olivi:




l’imaginaire de l’artisan se réjouit de la lutte (manuelle, charnelle) avec la matière vivante, tandis que l’oeil de l’artiste scrute avec passion la texture apparente du bois. « Tempo di aratura » (« Temps de labour ») pourrait bien concentrer l’essentiel de la vision artistique d’Amélia Olivi. D’abord, l’amour et la révélation de l’Espace, inséparable de l’amour pour la Nature: ici, des extensions de Terre que dynamisent des traits transversaux, comme des lignes de fuite. Cette « dynamisation » (mise en mouvement et énergétisation) du vu est une tendance constante (voir « Coin toscan » ou « Vue de Washington »), que concurrence la contemplation sereine (la ligne se détend, s’étire paisiblement, songeuse). Ensuite, cette passion pour la structure de l’être et le désir de la révéler: observez, en riche tension avec le dynamisme général, la fermeté architecturale des contours et surtout, plus profondément, en même temps que la structure interne, immédiatement perceptible, du bois, celle du paysage (les lignes du terrain, la terre remuée, montrant ses entrailles… Enfin, affirmant davantage encore cette compacité d’être, une perspective « écrasée », qui tend à encastrer les volumes les uns dans les autres. A ce genre de perspective seules feraient exception quelques xylogravures, où justement une évocation lyrique de l’espace l’emporte sur le regard analytique; « Semina » (« Semaison ») surprend par la profondeur de champ et la convergence des lignes de fuite, accentuée par u effet de descente-montée qui oblige l’oeil à épouser et caresser l’étendue, la terre qui se gonfle et palpite comme une poitrine…
Ensuite Tempo di aratura nous dit, admirablement, la passion pour la structure de l’être et le dèsir de la révéler: observer, en riche tension avec le dynamisme général, la fermeté architecturale des contours et, surtout, plus profondément, en même temps que la structure interne, immédiatement perceptible, du bois, celle du paysage-les lignes du sol, la terre sens desus de sous, montrant ses entrailles..”
Robin Lefere, Bruxellles 1992
LES LIEUX DE LA MÉMOIRE
Dans l’œuvre savante de Memè Olivi, on retrouve un sentiment léopardien de la nature, d’où naît un souvenir des siècles anciens et la nostalgie poignante des lieux connus et des terres rêvées. Ceux qui sont nés dans les Marches portent en eux l’image d’un paysage doux qui s’ouvre sur des espaces indéfinis, mais seule une véritable artiste, qui connaît la patience des techniques anciennes, peut exprimer dans une écriture qui parle même à ceux qui ne connaissent pas le langage de l’art, ce que l’on ne voit qu’avec les yeux de l’âme. C’est ce que Giacomo Leopardi exprimait dans sa célèbre réflexion sur la « double vision ». C’est sur cette capacité à voir à l’intérieur des choses que le poète a construit ses Canti. L’artiste sensible qui a appris la leçon de Leopardi plie les images et les techniques à la recherche d’un moyen de fixer dans un paysage le moment magique du réel et de l’irréel, du temps et de ce qui est hors du temps, du quotidien et de l’éternel.
Dans la perfection des techniques, fruit d’une recherche patiente et d’une capacité à créer des effets jamais expérimentés auparavant, se résume le savoir des siècles, qui risque de se perdre dans un présent sans mémoire. Memè Olivi, comme peu d’autres, tire de l’eau-forte, de la pointe sèche, de l’aquatinte, de la lithographie, de la xylographie et des matériaux les plus divers, bois, pierre, métaux, la capacité d’obtenir des transparences délicates, des couleurs irréelles, sans utiliser les couleurs traditionnelles, des effets qui suggèrent le non-dit, au-delà du paysage.
On ne peut s’empêcher de penser à cette réflexion de Giacomo Leopardi, qui réfléchissait à la peinture bien plus que ne l’ont dit les critiques et voyait bien plus que ce qui semblait évident : « Nous aimons et trouvons belle une peinture de paysage, car elle nous rappelle une vue réelle, un paysage réel, car elle nous semble peinte, car elle nous rappelle les peintures. Le semblable de toutes les imitations (pensée remarquable). Ainsi, dans le présent, nous n’aimons et ne trouvons beau que ce qui est lointain, et tous les plaisirs que j’appellerai poétiques consistent en la perception de similitudes et de relations, et en souvenirs. »

Les plaisirs poétiques, les similitudes et les souvenirs sont tous présents dans les gravures de Memè Olivi, où semble se cristalliser le sens poétique des lieux léopardiens, qui ne sont pas seulement ceux de Recanati ou des Marches, mais ceux d’une grande partie du monde plus vaste dans lequel vit l’artiste. Alors, le souvenir filtre et transforme la réalité, la fixant dans une sorte d’espace silencieux et de temps intemporel, ouvert à l’imagination.
Franco Foschi, Recanati 1998
LA POÉTIQUE DE LA GRAVURE
Région aux charmes magiques et aux esprits inquiets, les Marches ont donné naissance à de nombreux maîtres dans le domaine de la gravure. De Federico Baroccci et Simone Cantarini à deux éminents xylographes tels qu’Adolfo De Carolis et Bruno da Osimo, un fil rouge subtil les unit tous au nom de l’eau-forte. Ce riche terreau fait partie du bagage culturel de Memè Olivi, formée à Urbino à l’école de Bartolini et Castellani, qui a su distiller avec sensibilité ce qu’elle a appris de ses maîtres, pour aboutir à une compétence technique qui se complaît à exhiber la maîtrise avec laquelle elle domine la xylographie, la lithographie et la gravure sur métal.
Sans dévaloriser ses créations en réalisant des dizaines d’exemplaire Memè Olivi semble aspirer à l’œuvre unique, rêvée par Andrea Sperelli, calcographe amateur protagoniste du Piacere de d’Annunzio. Mais la seule expertise technique ne suffit pas à faire un grand artiste qui, pour être tel, doit également posséder une sensibilité extraordinaire capable de saisir les aspects lyriques de la réalité et de les interpréter à la lumière de ses propres sentiments : c’est cet aspect qui transparaît dans la nouvelle série de gravures léopardiennes réalisées par Memè Olivi. Parfois, le nom du grand poète a été exploité comme viatique pour des productions artistiques de niveau médiocre ; comme cela s’est produit parfois au XVIIe siècle lorsque, sur la base du concept horacien de « ut picture poesis », les poèmes du Tasso et de l’Ariosto ont été pillés.
Dans ce panorama de réélaboration figurative du monde léopardien, les gravures de Memè Olivi naissent d’une réinterprétation lyrique consciente des lieux chers au poète, fuyant toute tentation véritablement illustrative : comme en témoignent les feuilles consacrées à la « paternelle auberge » et surtout à la bibliothèque où semble planer le fantôme de l’enfant Leopardi, encore occupé à ses « études gracieuses » menées dans les pièces ombragées et solitaires, entouré des volumes paternels qu’il aimait tant.
En retraçant la genèse de chaque gravure à travers la comparaison des différents « états », en reconstituant la fusion raffinée de la xylographie et de la gravure sur métal, en imaginant l’impatience avec laquelle l’artiste attend les morsures, on comprend le long travail qui se cache derrière chacune de ces feuilles, légères comme du papier, mais incisives comme peuvent l’être les intuitions poétiques issues d’une imagination forte : celle qui, pour Leopardi, génère le «… caractère grave, passionné, ordinairement mélancolique, profond dans ses sentiments et ses passions, et tout entier voué à souffrir grandement de la vie » (Zibaldone, 5 juillet 1820), que nous croyons reconnaître dans l’œuvre de Memè Olivi.
Stefano Papetti, Florence 1998
En 2014, l’appartement-atelier de la rue Jacob à Paris est rénové afin de mettre davantage en valeur l’œuvre de Memè Olivi
L’artiste plasticienne Rebecca Fabulatrice sélectionne certaines des plaques de Memè Olivi et crée une œuvre intitulée « Memè Olivi dit »




“ Memè Olivi dit ”
Texte accompagnant les plaques de gravure en ordre de lecture
“ Oui, enfin … j’y pense et puis j’oublie, j’oublie avant peut être … je ne sais plus. Je dis-
parais, ça c’est sûr, je suis une plaque blanche, une tâche en silhouette.
Mais pas toujours…
Tiens ! Mais j’y pense, ou je me souviens, mon paysage favori, mon théatre et ses rues
d’eau : la Venise ! Avec ses chats, beaucoups de chats, et quels chats ! Accoudée à la fe-
nêtre, et bien que je disparaisse, je les vois. Ils jouent à leur survie en griffant et tuant ces
pauvres oiseaux …
Disparus, rien que des plumes à l’eau. Bon… même pour des chats vénitiens, l’eau reste un
mystère pour eux, comme pour moi d’ailleurs. Parfois j’imagine comment par quelle évi-
dente magie, elle quitte la cité pour la lagune, en étalant son grand bras jusqu’aux herbes
dressées au vent, là où la terre n’est presque plus. Même floue, la lagune, moi j’y crois
encore, et jusqu’au bout du paysage, au bord oui, là où il existe encore des cabannes de
griffes. Les griffes … toute une existence de griffes, de traces d’outils. Sur la plaque. Oui,
la marque de ma vie, en séquences, c’est gravé … et même si je suis Meme, alors je n’ou-
blie pas. Et vous ? ”
Rébecca (!) fabulatrice – Composition 2014
MA RENCONTRE AVEC MEMÈ
a rencontre avec Memè est le fruit d’un heureux hasard géographique et humain. En 2019, dans le grand jardin de la maison Gambini Rossano à Senigallia, j’ai fait la connaissance d’Olivia. Elle était occupée par les travaux de rénovation de la maison qui avait accueilli Memè pendant les étés chauds, à l’ombre des grands pins parasols, et entre deux cartons, entre greniers et caves, elle m’a montré quelques lithographies de sa mère récemment disparue. Senigallia a été le zénith de ces coordonnées géographiques qui s’entrelacent et se dénouent entre ceux qui partent et ceux qui restent, laissant à tous la possibilité de revenir en août et de se retrouver à l’ombre des pins ou des parasols. Tout comme cela m’était arrivé les années précédentes : partie à la recherche de ma place dans le monde, j’avais quitté ma ville pour débarquer dans le Trentin, au lycée artistique Depero de Rovereto. Ici, il y avait Anna et Silvio (surtout Anna) qui, dans cette histoire, représentent le nœud d’un réseau que le hasard a fait se rencontrer.
L’histoire était similaire : celle de femmes, d’artistes, qui avaient surmonté les préjugés, les peurs, les distances et s’étaient mises en route pour réaliser leurs rêves. Lorsque j’ai parlé de la vie de Mémè à Anna et Silvio, ils n’ont pas mis longtemps à saisir la poésie de cette histoire. L’histoire d’une femme qui, seule dans les années 1920, s’était imposée dans le monde de l’art, déjà marqué par de très fortes tendances patriarcales, dans le domaine de la chalcographie et de l’impression d’art, en se fondant parmi les maîtres d’Urbino, tous rigoureusement masculins. Quand Olivia m’a montré le scénario du film qu’ils étaient en train de tourner, j’ai tout de suite sympathisé avec les figures féminines qui y étaient mises en scène.
Le récit s’articule autour de trois histoires personnelles : trois générations de femmes, Memè, Olivia et Amélie, grand-mère, mère et fille, liées non seulement par la vie mais aussi par une passion commune pour l’art, témoignent de la difficulté universelle des femmes, quelle que soit leur classe sociale, à s’affirmer dans un monde toujours trop dominé par les hommes. C’est là, dans les contrastes de ces récits, à la fois légers et puissants, dans l’esprit d’une solidarité innée envers celles qui mènent leur combat contre les stéréotypes et les préjugés, que j’ai entrevu la possibilité de soutenir et de diffuser un récit qui m’avait fait du bien à écouter et qui, je l’espère, aura le même effet sur d’autres âmes sensibles.
Paola Mancini, Senigallia Avril 2024
La création vit comme une genèse sous la surface visible de l’œuvre.
Seuls les intellectuels la voient rétrospectivement ; seuls les artistes la voient prospectivement – dans l’avenir.
Paul Klee
L’histoire de Memè Olivi est véritablement une aventure extraordinaire où s’entremêlent les expérimentations expressives les plus diverses et où dialoguent des univers artistiques apparemment éloignés. Memè est une précurseuse de la figure de l’artiste polyvalent et infatigable qui traverse le temps, les lieux et les territoires avec une joyeuse détermination. Toujours à la découverte de suggestions et de stimuli, toujours au sein de l’art comme d’un lit vital.
Je n’ai pas connu Memè personnellement, mais en parcourant son œuvre, de ses premières gravures à ses illustrations en passant par ses projets de mode, je la rencontre et je découvre la lucidité de sa vision, sa capacité à s’épanouir en suivant une ligne de travail rigoureuse, tout en suivant un parcours poétique précis. Toute son œuvre captive précisément par cette force, par son désir constant mais serein d’aller au fond des choses de la réalité, au-delà de la surface, au-delà des apparences et du visible, en creusant au cœur de chaque sujet à la recherche d’espaces et de traces pour une vie à vivre en toute liberté.
Une femme avant-gardiste, courageuse, qui a pleinement manifesté dans l’art la joie de l’action créative. Ce qui unit les vrais artistes.
Silvio Cattani, Rovereto 2024
Pouvoir accueillir cette exposition consacrée à Memé Olivi à Nogaredo, à l’occasion de la vingt-cinquième édition du « Calendimaggio delle Strie », est pour nous une véritable source de fierté et un grand honneur, non seulement en raison des prestigieux liens artistiques, y compris internationaux, que l’exposition met en avant, mais aussi parce qu’elle incarne l’exemple d’une femme tenace et déterminée, qui s’inscrit pleinement dans l’esprit de l’événement.

Célébrer la femme, sa créativité et son charisme, tel est l’objectif de cette exposition, comme de toutes celles que Calendimaggio a proposées à notre communauté au fil des ans.
Une exposition qui laissera sans aucun doute son empreinte, tout comme la technique de la gravure que Memè Olivi utilise pour réaliser ses œuvres, où la force expressive du trait se mêle et se fond avec la paix et la sérénité méditative des paysages représentés. Le film documentaire sur sa vie mettra également en lumière l’aspect le plus humain de l’artiste, qui a d’abord été une fille, une épouse et une mère.
Un grand merci à sa fille Lilli, qui a fermement cru en ce projet, à Silvio Cattani, au MART et à tous ceux qui, à divers titres, nous ont permis de découvrir cette extraordinaire artiste du XXe siècle italien.
Alberto Scerbo, Avril 2024
ARBORER LE DRAPEAU DE SENIGALLIA
Quand on naît dans un endroit qui nous touche à ce point, qui nous enveloppe dans les douces courbes de ses collines fleuries et nous pousse vers la ligne brillante vert-bleu de la mer, ces liens se rompent difficilement.
Puis vient la certitude (d’enfant) d’avoir grandi dans un lieu spécial, avec des gens spéciaux, alors tu brandis le drapeau de Senigallia toute ta vie !
Je suis partie tôt de Senigallia, mais cette petite douleur-douceur, comme un grain de beauté, comme une tache de naissance, comme un noyau de cerise dur, s’est installée sous mon cœur. C’est pour cette nostalgie que j’ai accueilli et hébergé chez nous chaque habitant de Senigallia rencontré sur mon chemin.
Ainsi, lorsque Paola Mancini, fille d’historiens, très chers amis, nous a parlé de Memè Olivi, Silvio et moi avons été stupéfaits.
Non, je ne pouvais pas le connaître, j’étais partie et elle aussi était loin, mais la force de son message nous parvenait désormais pleine et puissante comme une rafale de bora sur les rochers !
Quelle fraîcheur dans sa vision de nos collines, ombragées et souriantes, sillonnées par la charrue, labourées par les hommes, caressées par les regards !
Puis ce message novateur dans la recherche d’une éthique de la liberté, dans l’affirmation de son être d’artiste !
Anna Lorenzetti, Nogaredo Avril 2024
L’ART DE LA FILIATION
Que se passe-t-il, que s’écoule-t-il entre Memè Olivi et sa petite-fille – entre les paysages d’une douce gravité, dépourvus d’hommes et d’animaux, de la grand-mère, cette grande artiste de la gravure, et les dessins hautement colorées de sa brillante petite-fille Amélie, où dominent des êtres humains en proie à de fortes angoisses psychiques – une tête de la Renaissance écorchée, où s’enroulent des volutes de tubes surréalistes, ou de délicieuses préadolescentes qui tombent en pluie dans l’instabilité d’une jeunesse incertaine qui guette ?
Bien sûr, le lien existe ; à commencer par le prénom de bon augure donné à la petite-fille, presque déjà un destin. Et ce lien mystérieux, qui permet à Amélie de dessiner dans un coin de l’atelier de sa grand-mère – d’où tout le monde était chassé sans ménagement (« Stop ! », les arrêtait Memè, comme le raconte sa fille Olivia, et pour tous Lilli : ce qui rappelle bien sûr le dévouement de Memè à ses proches, tout en sachant pertinemment qu’ils nuisaient à son travail d’artiste). Bien sûr, il y a l’extraordinaire savoir-faire technique de Memè Olivi, qui utilisait ses burins comme s’il s’agissait de scalpels, précis, rationnels, et comme ceux qui sont bienfaisants et providentiels, rendus ensuite diffus par les pointillés de l’aquatinte, les couleurs douces, le brun, le vert tendre, et grâce au tracé des collines en vagues étendues : et surtout toujours à partir d’une vision morale et affective de ses Marches industrieuses, réservées et silencieuses même en pleine activité (et Roger Grenier a raison de dire, à propos de ses paysages sans personnages, qu’il existe peu d’œuvres aussi « habitées »). Dès l’âge de 5 ans, Amélie a pu compter sur l’enseignement technique de sa grand-mère, qui l’avait elle-même acquis au cours d’une vie entière consacrée aux études.(c’est ainsi que Memè le répète continuellement dans ses interviews). Mais il y a un lien plus profond, qui fait qu’il m’est impossible de ne pas penser à Proust.
Proust a consacré de nombreuses réflexions poignantes, et certaines de ses plus belles pages, à ces transmissions des traits physiques et moraux de la mère aux enfants. Dans la longue scène mondaine de Sodome, apparaissent les deux fils d’une dame, madame de Surgis : « Nous avons croisé deux jeunes gens dont la beauté remarquable et dissemblable trouvait son origine chez une seule femme… Ils resplendissaient. Là, Proust renverse le mouvement régulier du temps biologique, et n’interroge pas le visage du fils pour y trouver, comme dans un ostensoir, les traces de celui de la mère, mais lit au contraire dans la mère (dans son visage « profané ») les traits du fils dégénéré (de-genre : qui présente une altération de la lignée). C’est peut-être une interprétation abusive, mais dans les dernières œuvres de Memé Olivi, lorsqu’il crée différentes œuvres à partir d’une seule matrice en changeant la couleur, et en opérant presque comme un peintre à l’huile, ou lorsqu’il suspend un soleil, cercle de teinte nette et vive, dans un paysage nordique, comment pourrait-on le concevoir, tout en abstraction formelle, un xylographe japonais, j’ai tout de même pensé que cela reflétait à rebours la production aux couleurs intenses de sa petite-fille Amélie, comme par une influence inversée – mais c’est peut-être l’œuvre du temps qui, pour les deux Amélie, orientait le moderne vers des expériences plus voyantes et des coloris inédits.
Daria Galateria, Rome Mars 2024
Memè. Tu as été et tu restes très chère à nos cœurs. Douce, gentille, affectueuse : une présence importante dans notre vie. Une véritable artiste. Une femme intelligente, pleine d’esprit et sensible, qui a vécu son univers et traversé son époque en restant fidèle à elle-même, tant dans le succès que dans l’adversité.
Nous t’avons toujours sentie très proche, très proche, même si tu n’es plus là aujourd’hui. Nous garderons toujours en nous quelque chose de toi, de ton sourire, de ton affection et de ton ironie. Avec amour et une grande nostalgie pour toi, pour les années de notre jeunesse où nous t’avons connue et pour la rue Jacob.
Paolo et Gabriella Franchi, Rome 30 septembre 2019
LA LIGNE INFINIE – COMPARAISON ENTRE LES GÉNÉRATIONS
Pour ce projet d’exposition, nous avons souhaité conserver le titre « La ligne infinie », qui est celui du beau film consacré à la vie d’artiste d’Amelia Olivi, connue de tous sous le nom de Memè Olivi, à travers les souvenirs de sa fille Olivia Olivi et de sa petite-fille Amélie Barnathan. Le long métrage réalisé par la cinéaste américaine Amie Williams met en avant le lien familial entre Amelia (1922/2019) et sa petite-fille Amélie (1991), toutes deux unies par la passion du dessin, qui représentent et documentent des époques et des expériences différentes. Notre mise en scène souhaite reconstituer ce lien qui est aussi le récit de différents moments historiques, depuis l’École d’Urbino, que nous évoquons à travers les gravures d’Amelia et qui sont des « signes » de notre environnement naturel et des constructions qui en découlent, jusqu’aux histoires de femmes et de jeunes filles avec les scènes allégoriques et dramatiques d’Amélie. L’exposition de ces différentes expériences artistiques dans les mêmes espaces n’est pas seulement une confrontation générationnelle inévitablement déconcertante, c’est aussi une occasion qui nous permet de réfléchir sur les années de mutation de notre environnement naturel, à travers une série de gravures historique et cultivée réalisée avec une sensibilité particulière par Amelia. Le contemporain est manifestement dur et dramatique, le récit se stratifie avec les tons apparemment violents du rouge aquarellé. Amélie, par choix linguistique, partage la plaque d’impression, en en découpe huit en référence à l’inspiratrice originale.
Ce sont des histoires de femmes qui nous offrent leur vision du monde et qui, par leur travail, enrichissent notre programme d’expositions.
Grâce aux activités du Centre d’études sur les femmes dans les arts visuels contemporains, nous sommes encore plus motivés lorsque nous parvenons, comme avec cette initiative, à tracer un parcours temporel qui, partant de la tradition artistique de notre territoire, apporte de nouvelles contributions, telles que de nouvelles réflexions sur le présent. L’époque des contradictions ? Des identités multiples ? Certainement une époque de changements, parfois violents, marquée par des problèmes politiques, sociaux et économiques évidents. Notre mission est de documenter le contemporain, ce que l’art féminin exprime et nous propose, de faire connaître le travail de l’artiste en rendant visible sa recherche. Je tiens à remercier Olivia Olivi, Amélie Barnathan et notre Simona Zava pour cette opportunité gratifiante, pour le travail, le soin et la patience dont elles ont fait preuve dans la mise en place de cette proposition nouvelle et inédite.
Stefano Schiavoni, directeur du musée Nori De’ Nobili, juin 2025
LA MÉMOIRE ARTISTIQUE QUI RÉUNIT DEUX FIGURES
« Depuis toujours, elle t’attend dans la forêt qui est en toi, une femme immense, assise près d’un feu gigantesque. Même si tu traverses l’obscurité brisée pour en faire des diamants ou le désert qui te dépouille mais te soutient de son eau cachée, même si tu dois te déshabiller au bord de la rivière pour être soulevée sur les rapides par des mains invisibles… malgré toutes les luttes… la très grande femme, avec tout son esprit, t’attend ». Clarissa Pinkola Estés, La danse des grandes mères.
La vaste production artistique de Memè Olivi, au cœur de l’exposition La ligne infinie, se concentre sur des œuvres réalisées selon ses techniques de gravure préférées – lithographie, xylographie, chalcographie, eau-forte, pointe sèche, aquatinte – et nous accompagne dans un voyage où l’art se révèle sans frontières. De cette synthèse de plusieurs années de travail émergent des paysages silencieux, des aperçus de la nature et des vues urbaines de la seconde moitié du XXe siècle, qui témoignent de son profond dévouement à la recherche technique et d’une sensibilité nourrie par une grande culture et une riche expérience. Mais ce qui me frappe le plus, en observant les images de Memè travaillant à la presse ou en train de peindre, plongée dans le geste créatif, c’est la joie qui transparaît dans son regard ; la joie de la créativité, le naturel d’être un « personnage en action ».
C’est ainsi que le processus créatif devient une condition nécessaire pour exister, pour s’exprimer, pour donner voix à un sentiment profond et intime, transcendant tout rôle, toute condition, toute époque historique. Son besoin d’expression est authentique et se traduit par un langage universel : chaque œuvre est porteuse de mémoire et d’histoire, dans un récit visuel qui parle à tous. Stefano Papetti écrit à son sujet : « Comme c’est le cas pour les graveurs les plus célèbres du passé, la confrontation avec la plaque métallique permet à l’auteure d’exprimer sa personnalité et les morsures gardent le souvenir d’expériences lointaines, de sentiments doux et raréfiés qui se matérialisent sur le papier. La force du trait, la vigueur physique nécessaire à l’utilisation de la presse sont mises au service d’un univers de sensations évanescentes, autrement destinées à s’évanouir dans le néant sans jamais s’exprimer ». L’œuvre de Memè se présente ainsi comme une forme de vie, traversant le passé, le présent et l’avenir, jusqu’à nous parvenir à travers le travail de sa petite-fille Amélie Barnathan.
La mémoire artistique qui unit ces deux figures est racontée de manière poétique et évocatrice dans le film « La linea infinita » de la réalisatrice Amie Williams, qui a également donné son nom à l’exposition. Le film nous offre de précieux fragments du parcours de Memè et d’Amélie : deux femmes, deux artistes, ayant vécu à des époques différentes, avec des histoires et des langages expressifs qui leur sont propres et bien distincts, mais unies par une subtile ligne rouge intemporelle, qui se fait le vecteur d’un héritage profond et qui, parfois, semble émerger précisément des aquarelles minutieuses d’Amélie, comme pour préserver toute l’intensité de leurs histoires.
Simona Zava, Juin 2025
UN NOUVEL ENGAGEMENT EN FAVEUR DE LA MISE EN VALEUR DE L’ART CONTEMPORAIN AU FÉMININ
C’est avec grand plaisir que je m’apprête à vous présenter l’exposition « La linea infinita » de Memè Olivi, un nouveau projet artistique majeur qui vient enrichir la saison culturelle 2025 du Musée Nori De’ Nobili.

Avec cette exposition, le Musée municipal Nori De’ Nobili renouvelle son engagement en faveur de la mise en valeur du talent féminin dans l’art contemporain, en mettant à l’honneur une figure d’une importance extraordinaire : Memè Olivi. L’exposition, accueillie dans les salles du Centre d’études sur les femmes dans les arts visuels contemporains, propose une sélection d’œuvres qui retracent le parcours créatif inlassable de l’artiste, témoignant d’une vie et d’une carrière commencées très jeune et marquées par des déménagements dans des villes telles que Rome, Florence, Bruxelles et Paris, ainsi que par un lien profond et indissoluble avec la région des Marches, où elle est née.

Pour enrichir encore davantage l’exposition, s’ajoute la contribution d’Amélie Barnathan, petite-fille de Memè et jeune artiste active à Londres, qui représente un trait d’union générationnel idéal, capable d’apporter continuité et un nouveau souffle à l’héritage artistique familial. Le film d’Amie Williams, La linea infinita, qui a inspiré le titre de l’exposition, apporte sans aucun doute une valeur ajoutée au projet, permettant aux spectateurs de se plonger de manière captivante dans l’histoire de la vie de Memè Olivi et d’Amélie Barnathan.
« La ligne infinie » est un événement culturel majeur, conçu pour impliquer les citoyens, les visiteurs, les jeunes et les passionnés, en promouvant l’art et la culture à travers un regard particulièrement attentif à l’univers féminin.
Ce projet, qui contribue à rehausser le prestige de notre musée municipal, bénéficie du parrainage de la Commission pour l’égalité des chances entre les hommes et les femmes de la région des Marches et de la collaboration de l’Association Carlo Emanuele Bugatti – Amici del Musinf.
Marco Sebastianelli, maire de la ville de Trecastelli, juin 2025